Nous, socialistes bruxellois, sommes plus que jamais conscients de la nécessité d’une action déterminante des pouvoirs publics face à la crise du logement qui sévit actuellement à Bruxelles. Pour nous, cette action passe inévitablement et prioritairement par l’accroissement du parc de logements gérés par les pouvoirs publics. Les autres partis préconisent davantage le “soutien au marché” par la mise en place d’une allocation-loyer, une allocation qui contribuerait selon nous à l’augmentation accrue des prix. Grâce à notre victoire de 2006, l’ambition de produire 1000 logements publics supplémentairessur le territoire de la Ville de Bruxelles et de mettre en parallèle des terrains à disposition de la Région pour y produire aussi des logements est inscrite dans l’action du Collège. Dans ce contexte, “Le Coin Rouge” a cédé la parole à Yvan Mayeur et à Mohamed Ouriaghli. Le premier, Président du CPAS et en charge de la coordination logement, le second, Echevin des propriétés communales, pilotent cet aspect déterminant de notre programme. C’est d’une seule voix qu’Yvan et Ouri ont répondu au Coin Rouge...
LES MILLE TRAVAUX DES SOCIALISTES
Au sein du Collège, vous vous attaquez de plein front aux difficultés chroniques que rencontrent de nombreux Bruxellois dans leur quête d’un logement de qualité et abordable. Comment comptez-vous vous y prendre?
En tant que pouvoir public, l’un des moyens pour contrer la flambée des prix que connaît le secteur immobilier locatif est d’augmenter l’offre de logements publics. En effet, ces logements ne sont pas soumis à la spéculation et conservent un loyer stable dans le temps. Nous avons adopté un plan pour le moins ambitieux : produire 1000 logementspublics supplémentaires sous cette législature ! De la sorte, nous voulons que la Ville et le CPAS deviennent les acteurs de référence du marché en terme de prix et de qualité. Fin 2005, il y avait 44.696 logements publics locatifs sur le territoire de la Ville de Bruxelles, dont 12.700 gérés par les pouvoirs publics, ce qui revient à dire que plus de 28% de l’offre locative est contrôlée par des autorités publiques. Par le développement de l’offre de logements, nous devrions largement dépasser les 30% fin 2012.
Certaines personnes estiment que ce n’est pas au pouvoir public de construire des logements, que ce rôle revient au secteur privé.
C’est effectivement ce que d’aucuns arguent. Comme socialistes, nous sommes convaincus de l’importance de l’action publique. Il est plus que jamais du devoir de l’Etat de peser, de réguler le marché. Il est inacceptable de voir des Bruxellois contraints de quitter la capitale ! Ce phénomène d’exode urbain, nous devons le contenir dans la mesure de nos possibilités et nous devons être capables de fournir davantage de logements pour faire baisser les prix. La droite ne fait rien, si ce n’est considérer que le marché apportera les solutions tant attendues. Nous sommes les témoins quotidiens de la grande rentabilité du marché immobilier et malgré tout nous constatons son impossibilité à répondre aux besoins de la population.
Mais est-ce que ce plan peut vraiment atteindre les objectifs qui lui ont été assignés ?
Nous remplirons notre part du contrat. Cependant, ne nous leurrons pas, nous ne parviendrons pas à juguler la crise du logement par cette seule action. D’autres y travaillent avec nous.Françoise Dupuis, Secrétaire d’Etat au Logement, a obtenu 540 millions d’euros de la Région pour construire 5000 logements. La Ville en est un partenaire important puisqu’elle met à disposition de la Région des terrains sur lesquels +/- 700 logements seront produits. Grâce aux moyens débloqués à la Région, les logements construits dans ce cadre seront principalement sociaux.Par ailleurs, l’accroissement de l’offre de logements publics n’aurait pas de sens s’il se faisait au détriment de l’entretien du parc de logements existants. Raison pour laquelle cet effort sera poursuivi. Et puis, n’oublions pas le rôle de l’Agence Immobilière Sociale et le Projet X qui contribuent à socialiser une partie du parc de logements privés existants.
Vous concentrez en grande partie vos projets à Neder-Over Hembeek, ce qui suscite scepticisme et crainte dans le chef des habitants et des associations. A tort ou à raison ?
Il ne faut d’abord pas exagérer l’opposition à nos projets de construction. D’aucuns, comme la Coordination sociale soutiennent notre plan, d’autres ont des craintes et souhaitent dialoguer avec nous. En ce quiconcerne l’implantationde nos projets, nous ne pouvons construire des logements que là où il existe des terrains disponibles et nous sommes convaincus que ce plan est une grande chance pour Hembeek et Haren. En effet, c’est l’absence de plan de développement cohérent de ces quartiers qui y a amené par le passé des fonctions nécessaires à la Région, mais dont personne ne voulait dans son environnement immédiat. Nous pensons à l’incinérateur ou plus récemment à la saga Biofuel. C’est également la très faible densité de l’habitat qui explique la très mauvaise desserte de ces quartiers en transports en commun. En densifiant de manière très raisonnable ces quartiers, nous donnerons là aussi un signal très clair quant à leur vocation résidentielle. Les champs d’orties et les friches urbaines ne sont pas des espaces verts et des zones récréatives utiles pour les habitants. Nous avons donc pris plusieurs décisions dans le cadre du développement de ce projet. Bien évidemment, nous respecterons les espaces verts et les zones à haute valeur biologique tels que prévus par le Plan Régional d’affectation des sols. Nous allons plus loin encore : la promenade verte sera préservée et connectée par un passage souterrain rénové au parc des 3 fontaines. Elle se verra par la même occasion augmentée de 5ha. Un accord vient d’être signé dans ce sens avec la Ville de Vilvoorde. Une étude sociologique permettra d’identifier les besoins d’infrastructures complémentaires sur ces sites. Cette étude permettra de guider l’action des autres membres du Collège quant aux besoins d’infrastructures et de mobilité de ces quartiers.
Contrairement à ce que nos détracteurs tentent de faire croire, l’implantation harmonieuse des ménages dans le tissu existant nous préoccupe au plus haut point et nous aurons à coeur d’y produire des logements de qualité, aussi bien pour le bien être des habitants futurs de Hembeek et de Haren que des habitants actuels. Et puis, nous vous rappelons que notre action ne se limite pas à la construction, mais elle investit également le domaine crucial de la rénovation. Ainsi, nous nous sommes engagés à rénover 1500 logements publics. Ceux-ci sont déjà planifiés et sont principalement localisés dans le centre-ville et à Laeken.
Où en sommes-nous concrètement après une grosse année de travail ?
Atteindrons-nous cet objectif de 1000 logements ? Concrètement, 38 logements ont déjà été inaugurés et mis en location dans le cadre du plan. Mais ce n’est que la partie la plus visible de l’iceberg. En effet, sur les terrains de la Régie Foncière, les travaux sont en cours pour 130 logements supplémentaires. Les architectes ont été désignés pour 70 autres ou sont en voie de l’être. Les appels d’offre ont été lancés pour trois marchés de conception/réalisation représentant encore 151 unités. 68 appartements sont en construction dans le cadre des charges d’urbanisme ou en compensation de vente de terrains. Au CPAS, un appel d’offre européen est d’ores et déjà lancé pour la conception de 200 logements constituant un véritable quartier durable dans le nord de Neder-over Heembeek. Et nous sommes en négociation avec l’instruction publique et l’urbanisme pour intégrer une école dans un projet comptant 45 logements. Soit, au total déjà 664 logements à des stades de développement avancé. Tout cela en seulement un an et sans rogner sur la qualité des projets. On ne chôme donc pas et nous sommes très optimistes quant au fait d’atteindre l’objectif dans les délais… et pourquoi pas, de le dépasser!
Interview réalisée par Alexandre Van der Linden
Nous avons la volonté politique de mettre à dispositions des ménages bruxellois 1.000 logements supplémentaires d’ici la fin de la législature communale. La mise en oeuvre de ce projet est rendue possible grâce à trois outils stratégiques...
LA RÉGIE FONCIÈRE DE LA VILLE DE BRUXELLES
Avec ses 2.800 logements, elle gère le patrimoine immobilier de la Ville et met en location flats, appartements, et maisons. Pour l’essentiel, il s’agit de logements moyens à loyer encadré ou produits dans le cadre des contrats de quartier. Info : 02 279 40 90 www.brucity.be
LE CPAS DE LA VILLE DE BRUXELLES
Héritier d’un patrimoine immobilier considérable, le CPAS de la Ville de Bruxelles propose aux habitants un nombre non négligeable d’habitations. Les conditions d’accès sont fixées par règlement. Info : 02 543 60 90 www.cpasbru.irisnet.be LES SOCIÉTÉS DE LOGEMENTS SOCIAUX (SISP)
Plus connues du grand public, les Sociétés de logements sociaux sont très actives à la ville de Bruxelles. Le Foyer bruxellois, le Foyer laekenois, Lorebru, Sorelo/Assam ou le Home familial bruxellois offrent des milliers d’appartements à des prix tenant compte des revenus des locataires. La ville de Bruxelles a des représentants dans leur conseil d’administration. Info : 02 533 19 11 www.slrb.irisnet.be
Il s’agit là de trois leviers pouvant peser sur le marché locatif !
Synthèse didactique réalisée par Bernard Rosenbaum et Brian Booth