Avec l’arrivée du grand froid, la situation des plus mal lotis s’est encore détériorée à Bruxelles. Dès samedi, le Samu social a ainsi dû refuser 60 personnes n’ayant pas d’abri dans ses différents centres bruxellois. Rebelote dimanche soir. Lundi, ils étaient 75 à rentrer bredouilles après avoir frappé aux portes de l’association. "Notre objectif, c’est de loger tout le monde, mais nos centres sont déjà en sursaturation et nous sommes obligés de faire une "sélection", explique le président du Samu social, Yvan Mayeur (PS).
Femmes et enfants deviennent ainsi la priorité. "Nous demandons aux hommes les plus résistants physiquement d’essayer de trouver une autre solution, tout en leur fournissant nourriture et couverture". A ce sujet, le Samu a reçu 3 000 couvertures de la loterie nationale. "Mais tout don est bienvenu", précise la directrice Pascale Peraita. Petit coup de chaleur dans ce rude hiver qui ne fait que commencer : dès aujourd’hui le Samu social pourra disposer d’un bâtiment mis gratuitement à disposition par le MOC (Mouvement ouvrier chrétien) à Forest. Une cinquantaine de sans-abri pourront y être logés. Un emplâtre sur une jambe de bois, diront les plus pessimistes, tant le contexte est difficile. "Bruxelles continue à être le réceptacle de toutes les situations de détresse, lance Yvan Mayeur. C’est bien sûr inhérent à une grande ville, capitale du pays. Mais nous avons aussi des types de populations qui relèvent habituellement de la gestion du Fédéral, comme les demandeurs d’asile déboutés, les sans-papier ou les personnes en attente de régularisation". Le président du CPAS le martèle à nouveau : le Fédéral doit prendre ses responsabilités. "Il y a des familles, comme celles d’Afghans, qui ne peuvent pas rentrer dans leur pays en guerre et qui ont portant été déboutées de leur demande. Je ne comprends pas. D’autres l’ont été, peut-être avec plus de raison, mais aucune disposition n’est prise. C’est intenable."
Yvan Mayeur pointe encore les "faibles efforts" des deux autres Régions et des autres grandes villes belges pour accueillir ces personnes sans logis. "Il y a un déséquilibre qui n’est pas acceptable. On a l’impression que toutes ces familles en difficultés sont envoyées à Bruxelles".
On aurait, selon Pascale Pereita, "largement" passé le chiffre des 2 000 sans-abri à Bruxelles, car beaucoup de personnes en situation irrégulière se "cachent" dans des squats de plus en plus nombreux dans la capitale. "Ce sont dorénavant souvent des familles qui y logent. Mais avec des températures pareilles, on peut tenir quelques nuits au maximum. Après le corps s’affaiblit très fortement". Pour info, le Samu social peut accueillir 548 sans-abri dans ses centres et 400 demandeurs d’asile dans les casernes d’Ixelles.
Reste que certaines personnes refusent d’accompagner les assistants du Samu social venus les aider. "Je vais émettre une proposition de loi pour pouvoir contraindre les sans-abri à suivre le Samu dans certains cas vitaux, explique le député Mayeur. Les pompiers et les policiers ont ce pouvoir, pourquoi pas nos infirmiers et assistants ?"
La Libre du jeudi 23 décembre 2010
R.Me. |